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Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/36

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SMARH.

Oh ! Oui, ce mot-là est effrayant, n’est-ce pas ? Et il ferait trembler, quand même il ne serait que du vide.

SATAN.

Oh ! Oui, tous ces mondes se lasseront de tourner et de briller, et ils tomberont en poussière, usés comme des ossements ; oui, ce soleil, un soir, s’éteindra dans la nuit du néant ; oh ! Oui, alors les larmes seront taries, tout sera vieux, tout croulera, et lui peut-être…

SMARH.

Lui, l’être suprême, mourir comme son œuvre ?

SATAN.

Pourquoi non ?

SMARH.

Eh quoi ! L’éternité aurait une borne ?

SATAN.

Oh ! Quelle suprême joie de se dire que lui aussi périra et qu’un jour cette essence du mal, le souffle de vie et de mort, sera passé comme les autres ! De penser que cette voix qui fait trembler se taira ! Que cette lumière qui éblouit ne sera plus ! Oh ! Tu roulerais donc aussi comme nous, toi, comme de la poussière, et une parcelle de ma cendre rencontrerait la tienne à cette place où fument les débris de ton œuvre ! Tu serais notre égal dans le néant, toi qui nous en fais sortir ! Esprit puissant, né pour créer et pour tuer, pour faire naître, pour anéantir, tu serais anéanti aussi ! Quoi ! Ce nom qui agitait les océans, le monde, les astres, l’infini, néant aussi ! ô béatitude de la mort, quand viendras-tu donc ? ô délices de la poussière et du sépulcre, que je vous envie !