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suave, de doux, de silencieux et d’immense, et tout cela sans vallée, sans arbre, sans feuilles, quelque chose de plus beau même que cet infini où je perdais mon regard ; aussi loin que la pensée de l’homme pouvait aller j’y perdais la mienne, et je sentais bien que cette harmonie du ciel et de la terre était faite pour l’âme.

Mais, pourtant, cette nuit est aussi belle que toutes les autres, ces fleurs sont aussi fraîches, l’azur du ciel est aussi bleu, les étoiles sont bien d’argent ; c’est bien cette lune dont mon regard rencontrait les rayons se jouant sur les fleurs. Pourquoi mon âme ne s’ouvre-t-elle plus au parfum de toutes ces choses ? Je suis pris de pitié pour tout cela, j’ai pour elles une envie jalouse.

Me voilà monté à ce je ne sais quel point pour me lancer dans l’infini. Oh ! Qui viendra me retirer de cette angoisse et me dire ce que je ferai dans une heure, où je serai, ce que j’aurai appris !

Où est donc l’être inconnu qui m’a bouleversé l’âme ?

Satan paraît.

SATAN, SMARH.

SATAN.

Me voilà ! J’avais promis de revenir, et je reviens.

SMARH.

Pourquoi faire ?

SATAN.

Pour vous, mon maître !

SMARH.

Pour moi ! Et que voulez-vous faire de moi ?