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Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/262

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bientêt tout rentra dans le silence, et Rouen s’endormit avec calme et bonheur, comme l’enfant qui penchah gracieusement hors de sa couche sa belle chevelure blonde.

La main appuyée sur son front, Le roi aspirait avec volupté Le vent frais de la nuit, car il est de si beaux moments dans la vie d’un homme, où la nature émane un parfum si suave et si doux à l’âme, qu’on se sentirait coupable de ne pas jouir de ces délices.

Un page, qui ouvrit La porte en faisant un grand salut, le tira de sa rêverie.

— Que veux-tu ? Lui dit-il.

— Sire, un homme entouré d’un large manteau, ayant une toque de velours rouge sur la tête, demande audience sur-le-champ ; il prétend avoir de grands secrets à vous communiquer.

— Dis-lui d’entrer… Ah ! c’est toi, dit-il à l’inconnu, qui 6ta son manteau et laissa voir un homme d’une stature élevée, Le corps maigre, le front ridé, et le visage couvert de balafres, c’est toi, Arnould. Quelles nouvelles de Flandre ?

— Vous savez la grande d’abord ?

— Oui, et qu’a dit le peuple ?

— Lui ? rien du tout, il suffit qu’on lui mette un bâillon et iL ne dit plus rien.

— Qu’a-t-il été, ce bâillon ?

— Une distribution de blé aux pauvres.

— Fort bien. Mais que veux-tu faire de cet enfant ?

Et il montrait Richard.

— Ne vous l’ai-je pas dit ? le garder, annoncer qu’il est malade, qu’il tombe en Langueur, et puis, une nuit, on fait venir dans sa chambre un prêtre et un bourreau, Le prêtre sort d’abord, le bourreau ensuite, Le jeune prince est mort ; Le lendemain on fait dire douze messes pour le repos de son âme, et tout est fini. Vous comprenez, sire ?