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Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/25

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je vais être heureuse ! Je tremble cependant, et je sens que c’est là mon bonheur.

YUK.

Quel plaisir, n’est-ce pas ? De se créer ainsi, par la pensée, toutes ces jouissances désirées, et de se dire : " si je l’avais là, si je le tenais dans mes bras, si je voyais ses yeux sur les miens et sa bouche sur mes lèvres ! "

LA FEMME.

Assez ! Assez ! J’ai quelque chose qui me brûle le cœur depuis que vous me parlez, j’ai du feu sous la poitrine, j’étouffe, je désire ardemment tout cela, je m’en vais, oh ! Oui, je m’en vais. (elle s’arrête et dit avec profondeur : ) oh ! Les belles choses ! Elle sort.

YUK, riant.

Voilà une commère qui, avant demain matin, se sera donnée à tous les gamins de la ville et à tous les valets de ferme.

La nuit ; la lune et les étoiles brillent ; silence des champs.

SMARH, seul. Il sort de sa cellule et marche.

Quelle est donc cette science qu’on m’a promise ? Où la trouve-t-on ? De qui la recevrai-je ? Par quels chemins vient-elle et où mène-t-elle ? Et au terme de la route, où est-on ? Tout cela, hélas ! Est un chaos pour moi et je n’y vois rien que des ténèbres.

Où vais-je ? Je ne sais, mais j’ai un désir d’apprendre, d’aller, de voir. Tout ce que je sais me semble petit et mesquin ; des besoins inaccoutumés s’élèvent dans mon cœur. Si j’allais apprendre l’infini, si j’allais vous connaître, ô monde sur lequel je marche ! Si j’allais vous voir, ô Dieu que j’adore !