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Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/19

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servez vos maîtres " ; aux voleurs : " soyez honnêtes gens " ; quand un pauvre vient vous demander l’aumône, vous dites pour lui des prières.

SMARH, étonné.

Qu’ai-je donc ?

SATAN.

Et jamais, car vous êtes trop saint pour cela, en confessant dans votre cellule des jeunes femmes, quand vous êtes là seuls, enfermés tous les deux, et qu’on ne pourrait pas vous voir, jamais il ne vous est venu à l’idée de soulever un peu le voile qui cache des contours indécis et de retrousser doucement avec la main ce jupon qui cache un bas de jambe sur lequel la pensée monte toujours ? … et quand vous dites à ces femmes d’aimer leurs maris, ne pensez-vous point qu’elles en aiment d’autres et que leurs maris vont forniquer avec les filles du démon ? Quand vous dites à ces hommes d’aimer leurs enfants, il ne vous vient pas à la pensée que ces enfants ne sont pas à eux, et que, lorsqu’ils voudront se coucher dans leur lit, la place sera prise et le trou bouché ?

SMARH.

Non, jamais ! Mais qui même vous a appris de telles choses ? Il me semble que ce n’est point ainsi que je pensais ; vous m’ouvrez un monde nouveau.

SATAN.

Vous ne pensez pas encore (car à quoi pensez-vous ?) que le voleur à qui vous conseillez l’honnêteté, perdrait son état en devenant honnête homme ; que les femmes perdues se sécheraient sur pied avec la vertu ; qu’un valet qui ne haïrait point son maître ne serait plus un valet, et que le maître qui ne battrait plus un valet ne serait plus son maître. Il est des choses plus surprenantes encore, car