Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/14

Cette page n’a pas encore été corrigée


je vais le plonger dans le mal en peu d’heures, et puis tu me diras si la vertu est encore sur la terre, et si mon enfer n’a pas fondu depuis longtemps ce vieux glaçon qui la refroidissait.

Tu verras que de telles œuvres me rendraient bien digne de créer un monde et si elles ne me font pas l’égal de celui qui les enfante !

Le soir, en Orient, dans l’Asie Mineure, un vallon avec une cabane d’ermite ; non loin, une petite chapelle.

UN ERMITE.

Allez, mes chers enfants, rentrez chez vous avec la paix du seigneur ; l’homme de Dieu vient de vous bénir et de vous purifier, puisse sa bénédiction être éternelle et sa purification ne jamais s’effacer ! Allez, ne m’oubliez pas dans vos prières, je penserai à vous dans les miennes. (après avoir congédié ses fidèles.) je les aime tous, ces hommes, et mon cœur s’épanouit quand je leur parle de Dieu ; ces femmes me semblent des sœurs et des anges, et ces petits enfants, comme je les embrasse avec plaisir !

Oh ! Merci, mon Dieu, de m’avoir fait une âme douce comme la vôtre et capable d’aimer ! Heureux ceux qui aiment ! Quand j’ai jeûné longtemps, quand j’ai orné de fleurs cueillies sur les vallées ton autel, quand j’ai longtemps prié à genoux, longtemps regardé le ciel en pensant au paradis, que j’ai consolé ceux qui viennent à moi, il me semble que mon cœur est large, que cet amour est une force et qu’il créerait quelque chose.

Je suis content dans cette retraite, j’aime à voir la rivière serpenter au bas de la vallée, à voir l’oiseau étendre ses ailes et le soleil se coucher lentement avec ses teintes roses. Cette nuit sera belle, les étoiles sont