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Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/123

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14 avril 1839.

réflexion d’un homme désintéressé à l’affaire et qui a relu ça après un an de façon.

il est permis de faire des choses pitoyables, mais pas de cette trempe. Ce que tu admirais il y a un an est aujourd’hui fort mauvais ; j’en suis bien fâché, car je t’avais décerné le nom de grand homme futur, et tu te regardais comme un petit Goethe. L’illusion n’est pas mince, il faut commencer par avoir des idées, et ton fameux mystère en est veuf. Pauvre ami ! Tu iras ainsi enthousiasmé de ce que tu rêves, dégoûté de ce que tu as fait. Tout est ainsi, il ne faut pas s’en plaindre. Sais-tu ce qui me semble le mieux de ton œuvre ? C’est cette page qui, dans un an, me paraîtra aussi bête que le reste et qui suggérera encore une suite d’amères réflexions. Dans un an peut-être serai-je crevé, tant mieux ! Et pourtant tu as peur, pauvre brute, mon ami. Adieu, le meilleur conseil que je puisse te donner, c’est de ne plus écrire. Jasmin.