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MARIE-DIDACE

Andain après andain, le foin doré à la tête, bleu près de la tige, se couchait, et, parmi, le mil sauvage, le trèfle d’odeur, le laiteron, la faverolle. À mesure, l’air se chargeait des plus pures odeurs.

Depuis le midi, l’Acayenne retournait le foin coupé. Sa robe d’indienne rose vif se voyait à distance. Orgueilleuse de la blancheur de sa peau, elle portait des menottes de fil noir. Phonsine la regarda manier la fourche, secouer le foin et le faire sécher, mieux que le jeune journalier, à l’emploi des Beauchemin. Elle lui envia sa force.

Délogés de la fraîcheur de la terre, les maringouins laissaient entendre un bruissement agaçant. Parfois, une claque en faisait éclater dont le dard venait de piquer l’un ou l’autre. Mais, avec les foins, leur temps achevait : ils iraient se réfugier dans les marais.

Un gros nuage couvrit le firmament au-dessus du Chenal. La prairie s’emplit d’ombre. Puis le soleil reparut, plus brillant. Le champ, fauché, montrait ses taches. Il apparut à Phonsine comme le pelage d’un animal frais tondu.

***

Marie-Didace et Tit-Côme avaient d’abord glané le foin, à petites brassées, avec la ferme volonté de