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mes mémoires

les locataires de ce deuxième étage avaient donc le bon esprit de nous céder la place. » Logé là, cet autre avantage serait mien de me trouver en face de mon oratoire. Or, le jour même où, las de recherches, je devais donner ma réponse au propriétaire du no 3716, voici qu’en descendant l’escalier de l’oratoire, qu’aperçois-je de l’autre côté de la rue, apposée à la façade du deuxième étage du no 2098 ? La pancarte : Maison à louer. Je traverse aussitôt la rue ; je m’enquiers du nom du propriétaire, du prix du loyer ; arrivé au 3716, un coup de téléphone et tout est bâclé. Il faut dire qu’en désespoir de cause, j’avais dit à la Petite Thérèse : « Trouvez-moi un logis convenable pour ma maman, et je promets de vous faire une conférence ! » Ma promesse, on le pense bien, je l’acquitte le plus tôt possible. Je prononce ma conférence le 21 février 1929, à la salle de l’Immaculée-Conception (Montréal), pour le 15e anniversaire du Cercle Jeanne-Mance, cercle d’études féminin. À ce moment la conférence est déjà mise en brochure. Je lui ai donné pour titre : Thérèse de Lisieux, une grande femme, une grande vie. La brochure se vendra à plusieurs milliers d’exemplaires. Elle me vaudra quelques attentions particulières de ma chère petite Sainte. Le soir où je prononce ma conférence, m’arrive à mon chez moi du 2098, rue Saint-Hubert, une magnifique gerbe de roses. De qui venait-elle ? je ne l’ai jamais su. À la pension des Sœurs Dominicaines réside alors une bonne vieille demoiselle, Mlle Quigley, femme de grande piété. Pour expier une faute de sa mère, elle s’est vouée à une œuvre de protection de la jeune fille. Alliée, par sa parenté, à de hautes familles canadiennes-françaises, elle a connu et fréquenté, en son enfance, la société bourgeoise qui habite alors la rue Saint-Denis et les environs, entre la rue Sainte-Catherine et le carré Viger : les Papineau, les Fabre, les Mercier, les Cherrier, les Bourassa, etc. Pendant ses vacances de couventine, sa mère l’a confiée plusieurs années aux Sœurs de Sainte-Anne, à Vaudreuil : ce qui fait un lien entre nous deux. Elle a connu une autre société bourgeoise, celle de mon village. Pendant mon déjeuner, elle vient régulièrement s’asseoir en face de moi. Et nous causons du temps passé. La vénérable septuagénaire partage ma dévotion envers la Petite Thérèse. Aussitôt ma conférence entre ses mains, elle me dit : « Il faut en envoyer un exemplaire à Lisieux, en hommage à la Mère Pauline. Vous allez sûrement re-