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Page:Grangé et Millaud - Les hannetons.pdf/10

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vait dit que c’était un jeune homme frais, charmant, sémillant, fleuri, embaumé, en un mot un vrai printemps !


LE DOMESTIQUE.

Et nous tombons sur le dernier des podagres ! (Nouveau coup de sonnette.) Voilà ! Voilà ! (Continuant.) Tu disais ?


LA FEMME DE CHAMBRE.

Il s’impatiente, dépêche-toi !


LE DOMESTIQUE.

Oh ! pour le peu de temps qui lui reste à vivre !…


Scène II

Les Mêmes, LE PRINTEMPS, enveloppé dans une longue robe de chambre, la tête dans un bonnet fourré, et un gros cache-nez autour du cou.



LE PRINTEMPS, entrant par la droite.

Ah ça ! viendra-t-on quand je sonne ? on veut donc ma mort ?


LE DOMESTIQUE.

Je préparais le lait de poule de Monsieur.


LE PRINTEMPS.

Oui, et tu l’as goûté, n’est-ce pas ? (Mouvement du domestique). C’est bon, allez-vous-en ! Vous m’agacez !

Les valets sortent.


Scène III

LE PRINTEMPS, seul, au public.


C’est moi, le Printemps ! — Ça vous étonne ? vous croyiez voir un jeune homme avec des roses sur la tête, un caleçon de bain, dans un temple grec, ouvert à tous les vents, avec des ailes dans le dos ? Oui, j’étais comme ça autrefois, à cause des poètes qui y tenaient… puis, un beau jour, qu’est-ce qui est arrivé ? un rhumatisme, une sciatique, un coryza,… Ça m’a pris dans la jambe, puis ça m’a pris à la gorge… aujourd’hui c’est dans le nez que ça m’chatouille… (Il éternue.) Alors j’ai loué cette petite maison, je m’y suis enfermé, calfeutré, emmitouflé, et j’essaie de me guérir d’un rhume de cerveau chronique, dont j’ai peur de ne jamais voir la fin. Les poètes ont eu beau dire : « Reviens, reviens, joli printemps ! » ça ne prend plus…

Air : des Courtisans. (Barbe-Bleue.)
–––––––Fourré dans une pelisse,
–––––––Fourré dans un cache-né,
–––––––Malgré jujube et réglisse,
––––––Oui, je suis bien enchifrené !