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quois de mon vieux Thibaut, c’est ce que mes lecteurs décideront dans leur sagesse. Quant à moi, sans m’en informer autrement, je montai chez le magistrat littéraire à qui j’allais rendre visite.

En attendant qu’il congédiât un visiteur matinal, qui, me dit-on, m’avait prévenu, son valet de chambre me remit un faix de journaux dont machinalement je rompis les bandes. L’un d’eux renfermait une critique des plus excessives, justement dirigée contre l’aristarque dont j’attendais le loisir. À propos d’un roman qu’il venait de mettre au jour, certain auteur rancunier, jadis fustigé par lui, s’évertuait à démontrer — la critique de nos jours est passablement envahissante — que mon ami n’avait ni invention, ni style, ni esprit, ni bon sens, ni cœur, ni conscience. Bref, l’attaque était de telle nature que je me promis bien de ne l’avoir jamais lue, et par un sentiment de charité irréfléchie, je la glissai lestement dans la poche de mon paletot.

Au même instant, l’aristarque apparut, dans toute la sérénité de sa puissance :

— Ah ! vous voilà, très-cher ! Je devine ce qui vous amène. Vous venez m’implorer pour vos Trois Tètes et pour leurs Proverbes… À merveille ; vous savez que je suis bon prince… Mais, entre nous, convenez que c’est là une plaisante idée… Des proverbes ?… qui se soucie maintenant de proverbes ?… Cent Proverbes… pourquoi cent Proverbes ? Cent et un, je ne dis pas… Et ces Trois Têtes… on dira qu’elles n’ont pas de l’esprit comme quatre… Quant à Grandville, à la bonne heure… Encore nos Athéniens se lassent-ils de ses succès, comme cet autre se lassait de la