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Page:Grande Encyclopédie I.djvu/19

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ix
PRÉFACE

exact et précis des faits connus et des doctrines acceptées ou discutées au jour de son apparition.

C’est cette nécessité qui détermine le caractère propre à chaque encyclopédie.

Au XVIIIe siècle, à une époque destructive d’une part, constructive d’autre part, l’encyclopédie devait être à la fois et une arme de combat pour détruire et une chaire de doctrine pour édifier ; à notre époque intermédiaire et toute de transition, l’encyclopédie doit être une œuvre d’exposition.

L’observateur qui étudie notre époque sans se laisser troubler par les luttes de surface qui émeuvent les contemporains et qui ne laissent que peu de souvenir à la postérité, reconnaît aisément que nous sommes en un âge de transition.

Que l’on considère les choses au point de vue des sciences spéculatives de la matière, au point de vue des applications industrielles, il est clair que l’on se débarrasse peu à peu des théories anciennes et des procédés d’autrefois sans avoir encore la complète possession des théories et des procédés qui doivent leur succéder.

Peut-être dira-t-on qu’il en a toujours été ainsi et que c’est la condition même de la continuité du progrès. Mais la caractéristique de notre temps est d’avoir eu la conscience de cette transformation, de s’être rendu compte de ce mouvement incessant des choses et des idées.

Combien cette remarque est plus juste encore quand elle s’applique aux choses de la conscience religieuse ou philosophique, aux faits de l’organisation politique ou sociale ! La caractéristique de notre temps n’est-elle pas précisément le grand combat entre les formes religieuses anciennes et l’esprit philosophique, qui n’a pas encore trouvé une formule précise et universellement acceptée pour les remplacer ?

N’est-ce pas le propre de notre société moderne de chercher à se débarrasser peu à peu des formes politiques du passé, qui entravent le développement de la démocratie, de se livrer avec une ardeur passionnée à la recherche d’une nouvelle répartition des forces sociales et des éléments économiques, sans avoir pu cependant donner à la démocratie sa forme définitive, à la société cet équilibre stable entre les deux frères jusqu’ici ennemis et qu’il faut réconcilier, le Capital et le Travail ?

N’est-ce pas là la raison principale de bien des luttes, la cause de bien des crises et physiques et morales ? Si une image pouvait rendre cet état général de l’humanité à l’heure où nous écrivons, nous dirions que nous traversons une période analogue à celle qu’a dû traverser le monde physique, aux époques géologiques, à ces heures indécises de transition entre l’époque tertiaire et l’époque quaternaire, par exemple, alors que toutes les formes de la vie étaient en plein travail de transformation.

L’œuvre qui doit représenter cette phase intellectuelle et sociale du monde moderne peut-elle être autre chose qu’une œuvre de constatation des faits, d’exposition des doctrines ?

Sous peine d’être incomplet ou inexact, il faut, en ce temps, être impartial. C’est encore, qu’on nous permette de le dire, servir le progrès et contribuer à l’œuvre définitive que d’exposer froidement la vérité.

C’est servir la marche générale des choses que de dire au public : Tel fait est vrai, tel fait est douteux, telle assertion est controuvée !

C’est servir l’élaboration générale des doctrines, des théories et des idées, aujourd’hui en lutte, que de les mettre toutes, impartialement et loyalement, sous les yeux du public qui compare, juge et choisit