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Page:Grande Encyclopédie I.djvu/18

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PRÉFACE


à une science à laquelle les philosophes anglais de notre temps ont donné une méthode définitive, la psychologie, étude des faits de conscience. La psychologie devrait prendre place entre la biologie et la sociologie. Quant à la sociologie elle-même, on peut dire qu’à force d’avoir voulu lui faire tout embrasser, Auguste Comte n’a plus laissé d’objet propre à cette science. Il faut considérer cette conception moins comme le terme d’une classification précise que comme une sorte de pierre d’attente, sur laquelle devaient venir prendre place toutes les études consacrées à l’homme, soit comme être intellectuel et moral, soit comme être social. Tout au moins eût-il été nécessaire de définir le terme, comme le fait M. Herbert Spencer.

M. Herbert Spencer a repris le problème de la classification des sciences. Mais en le reprenant il écarte l’ordre historique qu’avait adopté Auguste Comte.

Il recherche quelles sont les idées fondamentales de l’expérience humaine, et il trouve que ces idées sont celles de l’espace et du temps, — l’espace correspondant à la coexistence des faits et des idées, le temps à leur succession.

Les idées fondamentales, d’ailleurs, peuvent se présenter sous deux formes : à l’état concret, quand elles s’appliquent à des espèces déterminées et particulières, — à l’état abstrait, quand la raison leur a fait subir le phénomène de la généralisation, et alors il donne un tableau qu’il pousse jusqu’au dernier détail.

Il envisage la science sous deux aspects principaux, soit comme traitant des formes sous lesquelles les phénomènes nous apparaissent, soit comme traitant des phénomènes eux-mêmes. La science quand elle s’occupe des formes des phénomènes est la science abstraite, et elle comprend deux divisions : la logique et la mathématique ; quand la science traite ces phénomènes eux-mêmes, elle peut les étudier dans leurs éléments ; elle devient alors la science abstraite-concrète, comprenant la mécanique, la physique et la chimie. Elle peut encore étudier ces phénomènes dans leur ensemble : c’est la science concrète, comprenant : astronomie, géologie, biologie, psychologie, sociologie.

Voilà les grandes classifications des sciences humaines, elles ont chacune leurs mérites et leurs vices. Il ne faut pas songer, d’ailleurs, à arrêter une classification définitive des sciences. Des faits nouveaux pouvant chaque jour apporter des modifications aux relations des sciences entre elles, la classification admise la veille deviendra insuffisante ou inexacte le lendemain. On peut chercher l’absolu, on ne l’atteint jamais, et aucune classification n’est à l’abri de la critique.

Sans lui attribuer le caractère de loi générale qu’y attachait Auguste Comte, nous nous inspirons de la classification historique parce qu’elle est la plus simple. Elle représente d’une façon suffisamment exacte, pourvu que l’on tienne compte de l’influence réciproque des sciences les unes sur les autres, l’histoire du développement des connaissances humaines.

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Cette question résolue, il faut donner à l’œuvre son caractère propre, en faire quelque chose d’original, différent de tout ce qui l’a précédé.

A vrai dire, ce résultat, quand on est résolu à ne pas faire une servile compilation des devanciers, s’obtient par la force des choses au moins autant que par la volonté des auteurs.

Nous avons dit, en effet, plus haut qu’une encyclopédie devait être l’inventaire