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Page:Grande Encyclopédie I.djvu/13

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iii
PRÉFACE


c’est en France que le mouvement créé par Bacon se continua réellement et c’est par un chef-d’œuvre qu’il se manifesta : l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Publié d’abord à Paris de 1751 à 1772 en vingt-huit volumes dont onze de planches, l’ouvrage s’augmenta en 1776 et 1777 de cinq volumes de supplément et en 1780 de deux volumes de table analytique et raisonnée des matières.

La préface écrite par d’Alembert, sous le nom de Discours préliminaire, est une des œuvres les plus belles de la philosophie du XVIIIe siècle.

Les esprits les plus éminents de cette époque collaborèrent à l’Encyclopédie. Mais le principal fut Diderot, qui, tour à tour critique d’art, historien, philosophe, artisan, agença toutes ces parties du savoir humain et qui passa dans les ateliers, au milieu des ouvriers, une partie de son existence, pour donner à ses contemporains la description des arts et des métiers manuels, jusqu’alors si dépréciés, et que Jean-Jacques Rousseau réhabilitait en même temps.

Nous ne referons pas l’histoire de l’Encyclopédie, ni celle des tribulations de Diderot luttant contre les ordonnances du roi, les inspecteurs de la librairie, le lieutenant général de police, le parlement et le clergé ; l’ouvrage fut tour à tour autorisé, défendu, toléré, et enfin Diderot découvrit un jour les mutilations que son éditeur avait fait subir à l’œuvre commune pour se ménager les bonnes grâces des pouvoirs politiques.

L’influence de l’ouvrage de Diderot et de d’Alembert fut profonde sur le mouvement intellectuel du XVIIIe siècle et du commencement du XIXe.

Au temps même de sa publication l’émotion fut grande jusque dans les cercles si frivoles de la cour du roi Louis XV et nous n’en voulons donner pour preuve qu’une anecdote fantaisiste racontée par Voltaire en 1774 (édition Didot aîné, 1820-1826, t. XLV, p. 465) et qui a été bien souvent citée :

«  Un domestique de Louis XV me contait qu’un jour, le roi, son maître, soupant à Trianon en petite compagnie, la conversation roula d’abord sur la chasse, et ensuite sur la poudre à tirer. Quelqu’un dit que la meilleure poudre se faisait avec des parties égales de salpêtre, de soufre et de charbon. Le duc de La Vallière, mieux instruit, soutint que, pour faire de bonne poudre à canon, il fallait une seule partie de soufre et une de charbon sur cinq parties de salpêtre bien filtré, bien évaporé, bien cristallisé.

«  Il est plaisant, dit M. le duc de Nivernais, que nous nous amusions tous les jours à tuer des perdrix dans le parc de Versailles, et quelquefois à tuer des hommes ou à nous faire tuer sur la frontière, sans savoir précisément avec quoi l’on tue.

«  Hélas ! nous en sommes réduits là sur toutes les choses de ce monde, répondit Mme de Pompadour ; je ne sais de quoi est composé le rouge que je mets sur mes joues, et on m’embarrasserait fort si on me demandait comment on fait les bas de soie dont je suis chaussée.

«  — C’est dommage, dit alors le duc de La Vallière, que Sa Majesté nous ait confisqué nos Dictionnaires encyclopédiques, qui nous ont coûté chacun cent pistoles ; nous y trouverions bientôt la décision de toutes nos questions.

«  Le roi justifia sa confiscation ; il avait été averti que les vingt et un volumes in-folio, qu’on trouvait sur la toilette de toutes les dames, étaient la chose du monde la plus dangereuse pour le royaume de France, et il avait voulu savoir par lui-même si la chose était vraie, avant de permettre qu’on lût ce livre. Il envoya, sur la fin du souper, chercher un exemplaire par trois garçons de sa chambre, qui apportèrent chacun sept volumes avec bien de la peine. On vit à l’article POUDRE que le duc