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XX

LA DERNIÈRE PERFECTION
DU HÉROS ET DU GRAND HOMME



Toute lumière vient du Très-Haut, qui en est le Père, et descend de lui sur les hommes qui sont ses enfants. La vertu est comme la fille de la lumière, laquelle en fait la beauté et la gloire. Le vice est un monstre vomi du sein des ténèbres, sources de son horreur, et de son ignominie. On n’est donc véritablement un héros, un grand homme, qu’autant que l’on est vertueux ; de même qu’il n’est point de vraie vertu sans grandeur, il n’est point aussi de vraie grandeur sans vertu : ces deux choses vont toujours ensemble, un mutuel accord les lie inséparablement. Elles se divisèrent, mais toutes deux à la fois dans Saül ; elles se réunirent, mais toutes deux à la fois dans David.

Constantin devenu chrétien fut au même temps le premier des empereurs surnommé le Grand : surnom, ce semble, inspiré pour marquer à la postérité que le parfait héroïsme ne se reconnut point en lui sans le christianisme. Charles, premier empereur des Français, eut aussi le surnom de Grand lorsqu’il travaillait à mériter un rang parmi les saints. Louis IX fut la gloire des rois Très-Chrétiens, parce qu’il joignit à une haute sainteté toutes les qualités d’un grand monarque.

En Espagne, Ferdinand, appelé communément le Saint de la Castille, fut aussi regardé comme un grand roi. Le conquérant de l’Aragon consacra à l’honneur de la mère de Dieu autant de temps qu’il avait fait de conquêtes. Le roi Ferdinand, et