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XVIII

LA SYMPATHIE NOBLE ET ÉLEVÉE



C’est une qualité de héros que d’avoir de la sympathie avec les héros. Un rapport quoique très éloigné entre le soleil et une simple plante, attribue à celle-ci le glorieux nom de ce bel astre. La sympathie est un de ces prodiges, dont la nature se plaît à nous envelopper la cause, et dont les effets sont la matière de notre admiration et de notre étonnement. Néanmoins, on peut la définir en général une parenté des cœurs, comme au contraire l’antipathie en est un éloignement, une aliénation. Les uns mettent l’origine de la sympathie dans la convenance du tempérament, de l’humeur, des affections ; les autres la font remonter jusqu’aux astres, dont ils veulent que l’influence soit la source. Quoi qu’il en soit, l’antipathie enfante souvent des monstres dans la société civile, et la sympathie y produit souvent de si grandes merveilles que le peuple ignorant et superstitieux les nomme des enchantements, ou des miracles. L’antipathie trouve des défauts à la perfection la plus reconnue et la sympathie trouve des grâces à un défaut qui blesse les yeux de tout le monde. Celle-là comme une vipère se glisse dans le sein même des familles, où elle empoisonne tout, où elle brouille et bouleverse tout ; elle y soulève le père contre les enfants, et les enfants contre le père ; on n’y garde plus, ni subordination naturelle, ni subordination civile ; et l’on éclate enfin, on se poursuit en justice, on s’y décrie avec un acharne-