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et avec l’autre. On le reconnaît dans un capitaine à je ne sais quelle intrépidité animée, qui inspire de l’assurance et du courage au soldat. On le reconnaît dans un monarque assis sur le trône, à je ne sais quelle représentation auguste, qui imprime du respect. Le premier est plus vif, et le second est plus majestueux : mais l’un et l’autre est également inséparable de la perfection qu’il désigne ; celui-ci, de la dignité convenable à un roi sur le trône ; celui-là, de la valeur convenable à un guerrier dans le champ de bataille. Il n’est point de termes pour apprécier le je ne sais quoi, qui caractérisait la bravoure inébranlable de Ferdinand d’Avalos, marquis de Pescara, ce rival d’Aldde, qui triompha d’une manière si glorieuse à la journée de Pavie. Le je ne sais quoi du Thésée français, Henri IV, est encore au-dessus de toute expression : il fut, pour ce conquérant de son propre royaume, le fil d’or qui le tira d’un labyrinthe plus embarrassé que celui de Dédale.

En un mot, le je ne sais quoi entre dans tout, afin de donner le prix à tout, sans avoir lui-même besoin de rien : il entre dans le politique, dans les belles lettres, dans l’éloquence, dans la poésie, dans le négoce, dans les conditions les plus basses comme dans les plus élevées.