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Mais il y a une sorte de public, dont il importe qu’un héros ne néglige pas non plus l’affection. Ce public, le plus petit pour le nombre, est le plus considérable pour le mérite : c’est le corps des gens de lettres célèbres dans un royaume. Ces hommes sont comme les organes dont la renommée a besoin pour se faire entendre : elle ne parle, du moins à la postérité, que d’après eux. Le pinceau peut bien offrir aux yeux la ressemblance de la personne, mais il est réservé à leurs plumes de représenter à l’esprit le héros même. Le grand homme de la Hongrie, Mathias Corvin, disait que l’héroïsme consistait en deux choses : à se signaler par des actions dignes de l’immortalité, et par des largesses capables d’intéresser les plumes à perpétuer la mémoire de ces actions.