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Que fait donc un homme sage et de réflexion ? Il appelle, pour m’exprimer ainsi, de son penchant au tribunal de sa raison : à la faveur de cette lumière pure, il examine sérieusement son inclination et sa bonne qualité dominante ; et s’il ne confond point l’une avec l’autre. Après cet examen tranquille et sincère, il destine son talent à ce qui lui convient, et il tâche d’y plier son penchant. Car le premier, secondé par celui-ci, travaille avec aisance et avec ardeur, et fait de grands progrès en peu de temps.

Don Ferdinand Cortès, marquis del Valle, n’eût jamais été le conquérant des Indes s’il ne s’était comparé, mesuré avec les divers emplois, afin d’appliquer sa qualité dominante à l’objet qu’il jugea qui lui était convenable. En se livrant aux lettres, peut-être y serait-il resté dans une médiocrité commune, quoique d’ailleurs il eût beaucoup d’intelligence : au lieu qu’en prenant le parti des armes, après avoir connu ses grandes dispositions pour ce métier, il parvint aux glorieux parallèles des plus célèbres héros de l’Antiquité.