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L’avenir, pour les demoiselles, c’était la vie ; c’est en vue de la vie qu’on leur « faisait ce trésor de maximes droites et solides. » La transformation de la maison en monastère n’en avait point changé le caractère originel ; l’éducation était restée séculière : sur les 1121 demoiselles qui ont passé par Saint-Cyr de 1686 à 1793, 398 seulement sont devenues religieuses, 725 sont entrées dans le monde. « La femme, avait dit Fénelon, est chargée de l’éducation de ses enfants, des garçons jusqu’à un certain âge, des filles jusqu’à ce qu’elles se marient ou se fassent religieuses, de la conduite des domestiques, de leurs mœurs, de leur service, du détail de la dépense, des moyens de tout faire avec économie et honorablement. » Mme de Maintenon mettait ce programme en pratique. Saint-Cyr était une famille, un ménage. Les grandes demoiselles habillaient, peignaient, nettoyaient les petites : chacune avait sa tâche marquée, à l’infirmerie, à l’apothicairerie, à la lingerie, au dortoir, au réfectoire ; on faisait les lits, on frottait, on époussetait. Les plus jeunes étaient employées à éplucher les fleurs pour les sirops, à ramasser les fruits, à préparer les légumes. Pendant les premières heures de la matinée surtout, la maison était une véritable ruche. Agir et travailler, travailler des bras énergiquement, était l’obligation commune. Et il eût fait beau voir que l’on se refusât à aucune besogne, qu’on se plaignît du froid, de la fumée, du vent, de la poussière, des