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que, l’hiſtoire fabuleuſe des anciennes, ſous de plus généreux rapports.

Nous ne nous permettrons pas, Meſſieurs, d’entrer en lice avec vous ſur la politique & ſur les affaires, notre ſeul but eſt de nous rendre utiles. Les femmes ſont confondues aujourd’hui dans les Aſſemblées publiques, dans les Clubs ; elles deſertent leurs maiſons, il faut les y ramener par une noble émulation : les femmes ſont plus ſuſceptibles du point-d’honneur quand la gloire les anime.

C’eſt avec indignation, Meſſieurs, que vous entendez ces bruits incendiaires, ces menaces ſanguinaires proſcrites par la Loi ; la conſervation de la Reine nous eſt néceſſaire pour maintenir nos ennemis & les Puiſſances étrangères ; nous ſouiller par un forfait, ſeroit perdre le fruit de vos nobles travaux, & couvriroit le Peuple François d’un opprobre éternel. On ne va pas manquer de s’écrier contre ce projet, & de quelle utilité ſeroit-il pour la Patrie ? Je répondrai, ſi Royal-Pituize & Royal-Bonbons ne font pas utiles, Royal-Caquet ne le ſera pas moins, ſur-tout quand il aura juré de ne pas parler ſous les armes. Cette plaiſanterie peut renverſer mon projet ; mais j’aime mieux la faire que de la laiſſer à mes critiques : d’ailleurs, je veux égayer les eſprits bilieux ; je veux faire apercevoir que les diviſions & les projets des ambitieux, fondés ſur la guerre civile, ne valent pas un moment de gaieté, & que ſi les François perdent de vue cette aimable urbanité, ils perdent philoſophiquement le bonheur & l’eſpérance.


Par Madame DE GOUGES.