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quand il fit la connoiſance d’une jeune veuve, âgée de dix-huit ans, elle avoit été ſacrifiée à un homme qu’elle abhorroit. Ce mariage ne fut point heureux, & la veuve fut bientôt conſolée de ſon mari. La nature l’avoit douée de beaucoup d’avantages ; mais elle l’avoit privée de la fortune. Quels que fuſſent les tréſors qui lui étoient offerts, rien ne pouvoit ſéduire ſon cœur qu’un ſentiment tendre ; elle en conçut un violent pour l’homme que je cite : elle le valoit à tous égards pour la naiſſance, ſi une famille reſpectable pouvoit compter pour quelque choſe alors ; mais elle fuyoit l’hymen & tout ce qui porte le caractère du lien conjugal : elle vécut donc ſans éclat & avec beaucup de réſerve & de décence avec cet homme, comme avec ſon mari dans le particulier, & en public, comme avec un homme de la ſociété.

Elle devint mère : cet homme étoit riche, il ſe crut autorité d’aſſurer à ſon enfant une rente réverſible ſur la mère. Cette liaiſon ſe rompit & ſe renoua pluſieurs fois. Elle a duré à-peu-près dix-ſept ans. Un ſecond enfant lui fît prendre de nouvelles meſures pour aſſurer à la mère & à l’enfant une exiſtence durable. Il fit l’engagement d’acheter un bien, ou de placer une ſomme de quarante mille francs avantageuſement, & il remit le placement des fonds à une époque déterminée. Cette époque eſt arrivée dans le temps de la Révolution. Cette femme a pris des engagemens, comptant entiérement ſur la validité de ſon titre, de ſes droits, de la conſcience & des ſentimens de celui en qui elle avoit placé toute ſa confiance. Aujourd’hui, elle ſe voit menacée d’être déchue de tout, & ce méchant fait valoir actuellement des conteſtations qu’il n’auroit pas oſé citer ſous l’ancien régime, quoique ce genre d’obligations fût alors condamné par ces lois iniques. La Conſtruction de ſon titre auroit alors prononcé contre lui : & la vérité des faits ne le