Page:Gouges - Le couvent - 1792.pdf/54

Cette page a été validée par deux contributeurs.
42
LE COUVENT,


Julie.

Je ne redoute point cet aſyle, & je ne penſai jamais à le quitter. Étrangère au monde, que pourroit y chercher un être infortuné, abandonné dès le berceau aux ſoins de la Providence ? La ſeule grace que j’implore, c’eſt de vivre parmi ces Religieuſes juſqu’à ce que ma vocation ſoit décidée.


Le Chevalier.

Mais ſi vous n’avez pas d’averſion pour cet état, comment pouvez-vous craindre de vous y engager par un vœu ſolemnel ?


Julie.

La ſituation actuelle de mon cœur me défend de me conſacrer au ſervice des Autels.


Le Chevalier.

Expliquez-vous, Julie : quel eſt ce ſentiment impérieux dont vous éprouvez la puiſſance ? Ne ſeroit-ce qu’un trouble vague, ou s’eſt-il fixé ſur quelqu’objet ? A votre âge, l’ame s’ouvre facilement aux impreſſions de la ſenſibilité. Ne retenez point un aveu néceſſaire ſi vous voulez que je vous ſois utile.


Julie.

Qu’il eſt pénible de s’avouer coupable !