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DOUZIÈME SIÈCLE

triomphes pour procéder à l’extermination des Espagnols, les Almohades accordèrent aux rois chrétiens une trêve de douze ans (1197). Quant à l’émyr Yakoub, il revint à Maroc où il fit élever une splendide mosquée, en souvenir de sa victoire (1199.)

Sous la domination des Almohades, parut le plus célèbre d’entre les philosophes Arabes, Averrhoès, né à Cordoue en 1149, dont la réputation remplit le Moyen-Âge, et à qui l’Occident dut la connaissance directe de la plupart des livres d’Aristote. Son apologie du rationalisme philosophique lui valut la colère des musulmans orthodoxes, de même que ses idées panthéistes attirèrent, plus tard à ses disciples d’Europe les anathèmes de l’Église. Il mourut à Maroc en 1199.

Le XIIe siècle avait déjà retenti de la fameuse querelle des réalistes et des nominaux. Les premiers n’admettaient de réalité que dans ce qu’ils nommaient les universaux, c’est-à-dire les idées générales ; les seconds ne voyaient dans les universaux que des mots, des noms dépourvus de réalité. Roscelin de Compiègne professait avec éclat la doctrine des nominaux, tandis que son adversaire réaliste, Guillaume de Champeaux, dirigeait à Paris l’école du Cloître-Notre-Dame. Le breton Pierre Abélard proposa une opinion mixte, en refusant aux idées générales l’existence hors nous, mais en la leur accordant en nous comme concepts de l’esprit. Dialecticien remarquable, orateur entraînant, il osa soumettre à l’analyse les choses de la foi. L’abbé de Clairvaux, saint Bernard, s’éleva contre « cet audacieux qui ne craignait pas de fouiller les secrets de Dieu. »

Dans les lettres, comme dans la foi et la politique, le nom de saint Bernard éclipse tous ceux de ce siècle. Né en 1091 d’un simple chevalier châtelain de Fontaine, en Bourgogne, il frappe, jeune encore, à la porte du couvent de Cîteaux, récemment fondé par Robert de Molesmes ; ses deux frères, sa sœur, son père lui-même et vingt-huit jeunes gens, entraînés par son exemple et son ardente parole, ont renoncé à la vie du monde. À vingt-trois ans, il s’établit en pleine forêt au milieu des hêtres,