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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/88

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dans ses rapports sociaux. Certainement l’idée de Tolstoï comme réformateur n’est pas d’abolir violemment le système pénitentiaire existant, mais elle consiste à éclairer l’humanité sur ses fautes, car, sans un renoncement conscient et volontaire de ces fautes pour l’amour sincère et la commisération envers son prochain, il n’y a pas de salut pour elle. Les hommes doivent cesser individuellement et socialement de se juger les uns les autres. Cela ne veut pas dire qu’ils ne doivent pas analyser leurs actes et leurs impulsions réciproques ; au contraire, c’est cela qui doit grandir et s’approfondir. Dans ce sens, les hommes doivent juger et être jugés plus qu’auparavant. Seulement il ne faut pas juger pour accuser, mais pour se comprendre mutuellement et s’entr’aider. Le principal n’est pas de pardonner mais de comprendre chaque faute. Ce bouleversement ne peut être atteint certainement par une révolution dans le sens de la mise à bas violente de l’ordre social et politique existant, mais par une révolution dans la manière de voir les choses, en éclairant l’intelligence et le cœur et en les dépouillant de toute déraison et de toute haine. Pour cela il ne faut pas s’écarter de ceux que nous accusons, ne pas s’en garantir par des verrous, mais au contraire se rapprocher d’eux, pénétrer dans leur milieu avec des sentiments d’intérêt non simulé. C’est par les qualités spirituelles de la pitié et du désintéressement qu’il faut prendre le dessus sur les intérêts corporels nourrissant la haine et la vengeance : c’est en cela que consiste la Résurrection.