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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/87

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organisée cet intérêt à son prochain qui consiste dans le désir de se venger de son offenseur — intérêt provenant aux dépens de l’intérêt à un autre prochain dans les malheurs, les souffrances et l’ignorance duquel se cache la cause de sa criminalité — cet intérêt enfin qui est inspiré uniquement par les motifs égoïstes de sauvegarder, coûte que coûte, sa sécurité personnelle.

Dans ses recherches de la régénération et du salut de l’humanité, Tolstoï a concentré toutes les forces de son intelligence et de son cœur plein d’amour sur cette institution dont l’existence seule exclut pour lui des rapports normaux entre les hommes. Le tribunal criminel est une institution unique en son genre, principalement sous ce rapport, que, parmi les autres institutions législatives et administratives, seul le tribunal criminel tend à agir directement sur l’éducation même des sentiments sociaux du citoyen, c’est-à-dire sur la répression des impulsions d’un caractère personnel en faveur des intérêts communs ; les autres institutions n’aboutissent à ce résultat que par des voies détournées. Il en résulte qu’elle élève à la hauteur de dogmes ce qu’elle est destinée à abolir. De cette façon, le système pénitentiaire tel qu’il existe aujourd’hui, se trouve être au point de vue de Tolstoï « non seulement une institution malheureuse, demandant à être reformée, un appareil inutile au même rang que les autres, mais une institution de suicide, dont la seule existence exclut, à son opinion, la possibilité d’une base morale