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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/85

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serait restée auprès de lui dans l’exil, tandis que l’atténuation dont elle a bénéficié par la loi l’en séparait. Ils seront déportés tous les deux mais à plusieurs milliers de kilomètres l’un de l’autre. Et ceci est le résultat de l’indulgence du tribunal. Un fait semblable peut forcer n’importe qui à réfléchir sur les bases d’un système pouvant dans ses conséquences amener à un pareil résultat. Dans un problème d’arithmétique, par exemple, quand la solution est en contradiction avec la nature des choses, quand on obtient, disons, un nombre fractionnaire d’ouvriers ou de chevaux, on n’hésite pas pourtant à déclarer fausses les données du problème.

L’épisode rapporté plus haut, est pour Tolstoï, à l’égal des autres horreurs de la détention et de la déportation, le résultat de l’existence même d’un châtiment criminel. À ses yeux la peine par elle-même est le plus criant des crimes[1]. Ce crime pourtant n’est pas semblable à ceux pour lesquels on juge les criminels, c’est le crime de toute une société. Arrivant à cette conclusion, Tolstoï, par

  1. On ne peut pas comparer cette déduction d’un sentiment attristé à la suivante, tirée des observations d’un caractère purement scientifique : une des plus grandes autorités modernes en matière de droit criminel, le professeur von List, affirme positivement, en se basant sur les données de la statistique allemande, que « nos punitions ne corrigent ni n’effrayent et n’ont aucun pouvoir préventif, c’est-à-dire qu’elles n’arrêtent pas l’attentat criminel, mais, au contraire, fortifient la plupart du temps l’impulsion au crime » (Journal du ministère de la justice, juin 1900, p. 287).