Ouvrir le menu principal

Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/79

Cette page a été validée par deux contributeurs.


tionnaires, qui figurent dans le roman, il se trouve que les individus occupant divers degrés dans la hiérarchie n’ont pas tous l’âme également cuirassée. Les fonctionnaires supérieurs de l’administration centrale dans les diverses chancelleries de la capitale, ont pour ainsi dire l’âme pavée de bois ou d’asphalte — c’est doux et uni mais compact, impénétrable, sans la plus petite fissure par où pourrait se faire jour la moindre impulsion vivante.

C’est leur voix à tous qui s’entend dans les paroles par lesquelles le général gouverneur refuse à Nekludoff d’accorder à Marie Pawlowna la permission de demeurer auprès de Kryltzoff mourant, malgré le consentement de celle-ci à l’épouser afin de pouvoir rester auprès de lui. Au cours de cette conversation Nekludoff avoua au général que pour de l’argent on le laisserait pénétrer auprès des condamnés politiques :

« Je comprends, dit-il, que vous deviez agir ainsi. Vous désirez voir un condamné politique, il vous fait pitié. L’inspecteur ou le chef de convoi acceptera votre argent parce que son traitement est infime, et qu’ayant une famille à nourrir il ne peut refuser. Et à votre place et à la sienne j’aurais agi comme vous et lui ! Mais à mon poste je ne me permettrais pas de m’écarter d’une seule ligne des prescriptions de la loi justement parce que je suis homme et que je pourrais me laisser aller à la pitié. Je suis exécuteur, on m’a accordé de la confiance sous