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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/70

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dirait : « Eh bien ! tant pis pour eux, ils sont fautifs eux-mêmes s’ils ne veulent pas se servir des garanties d’un jugement équitable que leur accordent nos statuts humanitaires » et se tranquilliserait là-dessus. Mais ce n’est pas ainsi que la réalité se reflète dans l’âme d’un peintre, surtout dans celle d’un peintre de génie. Il la sent et la comprend telle qu’elle est et, pour lui, aucun règlement ni aucune forme de procédure ne peut lui cacher son véritable aspect. Aucun détail réel ne lui échappe et il connaît le milieu dans lequel, par devoir professionnel, se meuvent les juges du matin au soir, mieux qu’eux-mêmes. Le motif fondamental de la « Résurrection » consiste en ce que les juges et les autres fonctionnaires contemplent toutes choses à travers leur routine professionnelle et par cela même ont perdu la faculté de les voir sous leur véritable aspect. Le tribunal criminel est justement terrible parce qu’il accomplit des procédures et des règlements sans voir derrière eux l’individu vivant. Et certainement la critique de l’œuvre de Tolstoï basée sur l’application de cette routine est la moins heureuse.

« Manque de sens enfantin ! manque de sens enfantin ! s’écrient ces juges avec reproche, pourquoi donc messieurs les détenus n’en font-ils preuve qu’envers les autres et non vis-à-vis d’eux-mêmes ? »

Le 8 mars 1900 était entendue à la Cour d’assises de Kieff une affaire d’empoisonnement d’une partie de détenus, dont six étaient morts. L’em-