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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/69

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et par conséquent a été également remise à Catherine Maslow, et la scène très importante à l’effet du roman, quand la prévenue regardant avec indifférence le groupe des jurés glisse son regard sur Nekludoff comme sur les autres, sans le reconnaître, n’aurait pas vu le jour. L’accusée sait lire et, en voyant figurer parmi les membres du jury le nom de Nekludoff, elle aurait reconnu son séducteur et aurait certainement cherché à le découvrir parmi les jurés. Un semblable reproche ne peut être fait à Tolstoï que par un critique-juge qui ne connaît que les formes de sa procédure judiciaire dont tout son être est pénétré. Du moment qu’il est dit dans le règlement que la liste des jurés est remise à l’accusé, ce juge qui se rend parfaitement compte pourquoi existe cet usage et qui comprend quelles conséquences malheureuses peuvent résulter pour l’accusé s’il ne sait pas s’en servir, ne peut admettre qu’aussitôt cette liste entre les mains l’accusé ne se précipite pas dessus et ne se mette à déchiffrer avec avidité les noms qu’elle renferme. Ce juge ne peut se figurer que le détenu recevant un document quelconque, même émanant du tribunal, ne cherche aussitôt qu’à le transformer en papier à cigarettes.

Et, en effet, bien souvent les accusés, non seulement les illettrés, mais ceux sachant lire, transforment leur acte d’accusation en cigarettes qu’ils fument de compagnie, oubliant, par un enfantillage impardonnable, d’y jeter même un regard. S’il connaissait cette circonstance, ce même juge