Ouvrir le menu principal

Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/59

Cette page a été validée par deux contributeurs.


cés pour un crime vraiment accompli, l’aurait forcé à se détourner d’elle. Peut-être ressentant un remords de son ancienne faute lui eût-il fait tenir alors quelque cent roubles par l’administration d’étape et n’eût fait rien de plus. Maintenant, au contraire, au sentiment de sa faute envers elle, vient s’ajouter la persuasion de son innocence et c’est à cause de cela seulement que la nécessité morale de changer son sort, l’amène à la résolution qui doit bouleverser sa propre vie. Mais tout en étant un pédant, un amoureux de la propreté, Nekludoff est en même temps un « rêveur », un terrible rêveur, comme dit de lui sa tante, la comtesse Tscharsky quand il lui fait entendre son intention d’épouser Catherine Maslow, ce qui dépeint parfaitement aux yeux de la comtesse l’état spirituel et moral de son neveu. « Mais je t’aime justement parce que tu es un si grand rêveur » ajoute-t-elle.

Si Nekludoff avait appris par les journaux la condamnation de Catherine Maslow, avait reconnu à sa description la victime de sa fantaisie et par cela se serait convaincu de son innocence, cela n’aurait pas servi de stimulant assez vraisemblable et assez vivant pour lui faire sentir un désir insurmontable de faire pour elle, malgré le gouffre social partageant de nos jours les rapports des gens entre eux, ce que nous le voyons faire dans le roman. Sa tendance morale qui s’est transformée en une œuvre d’abdication, devient naturelle seulement parce que c’est en somme lui, Nekludoff, le