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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/58

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dition de témoins qui déposèrent « que le défunt père de l’accusé martyrisait et battait à mort toute sa famille et même sa mère qui s’en était plainte plusieurs fois au prêtre » voyant en cela l’introduction dans l’affaire de circonstances accessoires qui seraient étrangères à la cause[1].

Concernant le réalisme que Tolstoï met dans ses pensées et ses impressions, il est à propos de se poser cette question : pourquoi en voulant décrire l’exagération dans sa forme et la cruauté dans sa substance du système pénitentiaire a-t-il choisi la condamnation d’une innocente ? N’aurait-il pas mieux valu prendre un cas où le châtiment atteint un individu qui l’a, comme il se dit, mérité par ses actes et de prouver alors combien, même malgré sa faute, est cruelle et injuste la punition infligée. Tolstoï n’invente pas, il crée ; et il crée non d’un avenir lointain, non en planant au-dessus des événements décrits, mais de leur milieu même se plaçant à leur centre. S’il avait fait de Nekludoff un philanthrope enflammé d’indignation contre le système pénitentiaire et prenant à cause de cela intérêt au sort de Catherine Maslow il en serait résulté un tableau artificiel sans aucune ressemblance avec la réalité. Ce ne serait plus un roman pénétré de vivant réalisme. Au point de vue existant sur les choses, et il n’y a aucune raison de supposer que ne le partage pas Neklukoff, la condamnation de Catherine Maslow aux travaux for-

  1. Journal du ministère de la justice, mars 1900, p. 235.