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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/41

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accomplissent. À son point de vue, c’est dans les pensées intimes mêmes qui absorbent l’attention des juges, que consiste pour eux, sans qu’ils s’en aperçoivent, la justification dans leur manière de rendre justice, pareillement à la façon dont les inquisiteurs exécutaient leurs autodafés.

Pour Tolstoï, ce n’est pas le juge, qui pendant les débats est absorbé par l’idée de son rendez-vous avec la gouvernante Clara Vassilievna, ou du dîner au cabaret à cause du refus de sa sévère moitié de le lui préparer à la maison, qui est incompréhensible, mais bien celui qui, sincèrement, emploie toutes les forces de son cœur et de son âme pour tâcher de faire mettre son semblable en prison ou de l’envoyer au bagne en l’arrachant à sa patrie et à sa famille. Tel est le héros de son récit La mort d’Ivan Ilitch. Ce n’est pas à la réorganisation du tribunal et de son œuvre mais à sa complète abolition que tendent les désirs et les espérances de Tolstoï. Un fait qui peut entre autres servir de preuve à la vivante réalité avec laquelle Tolstoï a dépeint ses juges, c’est que nos magistrats trouvent en aparté que le caractère des sénateurs est saisi dans le roman d’une façon étonnamment vraie, les sénateurs à leur tour pensent de même des juges de moindres instances.

Dans l’estimation critique que fait Tolstoï au tribunal s’élève encore une question : cette critique n’est-elle point engendrée par l’état d’esprit dans lequel le plongent les opinions extrêmes, bien connues, qu’il a actuellement sur le monde, au