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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/39

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leurs intérêts personnels, a fortement déplu à nos juges. Il suffit de comparer cette description avec celles analogues faites par d’autres romanciers pour voir que l’impression éprouvée par Tolstoï dans la salle du tribunal, ne l’a pas été exclusivement par lui. Prenons comme comparaison la dernière partie des « Frères Karamasov ».

Dans la description de l’enquête judiciaire chez Dostoïewski, malgré sa longueur et son abondance de détails finissant par fatiguer le lecteur, le trait prédominant dans la peinture de l’état moral des acteurs du procès : du président se distinguant par son expérience, du procureur poitrinaire dont le réquisitoire est le chant du cygne, du défenseur dans la personne d’un célèbre « violateur de la pensée » — est chez lui, également, que tous, pendant les débats, s’occupent uniquement de leur personne. Chez Dostoïewski de même l’issue du procès par la condamnation de Dmitri Karamasoff, innocent du crime qui lui est imputé, ne découle pas des faits prouvés et établis par le tribunal : le jury le condamne pour parricide, non qu’il ait effectivement commis ce crime, mais à cause de son libertinage et de sa dépravation en général. Du reste, ce verdict provoque chez l’auteur une entière satisfaction intime. « Les paysans ont tenu ferme » s’écrie-t-il en parlant des jurés, par la bouche de son personnage retraçant les incidents du procès : c’est en cela qu’il diffère de Tolstoï.

La description des juges, telle qu’elle est faite chez Tolstoï, a provoqué chez nos magistrats un