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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/36

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3 % meilleur marché qu’elle ne se donnait dans le district ; le revenu de ses biens en diminua presque de moitié, mais néanmoins suffisait amplement à Nekludoff. Tout semblait donc parfait et Nekludoff ressentait comme une espèce de honte. Il voyait que les paysans, malgré les remercîments que certains d’entre eux lui prodiguaient, étaient mécontents et s’attendaient à davantage. Il en résultait qu’il s’était privé de beaucoup et qu’il n’avait pas fait pour les paysans ce qu’ils attendaient de lui ».

Tolstoï nous dépeint les condamnés politiques sous un jour tout à fait prosaïque. Dans la scène, par exemple, où Nekludoff visite pour la première fois la Bogodouchowsky, en prison :

« Elle lui racontait cela, convaincue évidemment, qu’elle l’intéressait et qu’il lui était agréable de connaître le secret de la souveraineté du peuple.

Pendant qu’elle parlait, Nekludoff regardait son cou maigre, ses rares cheveux emmêlés et se demandait pourquoi elle faisait et racontait tout cela. Elle lui faisait pitié, mais d’une autre façon que Menschoff — paysan jeté dans une prison infecte sans n’avoir rien commis. Elle lui faisait surtout pitié par le galimatias évident dont sa tête était farcie. Elle se croyait évidemment une héroïne prête à sacrifier sa vie au succès de sa cause et elle aurait à peine pu expliquer, pourtant, quelle était cette cause et en quoi consistait son succès ».