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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/30

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fait des expériences — dit-il avec une grimace rappelant de très loin un sourire — en plaçant un bout de papier entre les pages : le signet n’était jamais retiré. Il ne leur est pas non plus défendu d’écrire, continua le général. On leur donne des ardoises et des crayons, afin qu’ils puissent se distraire en écrivant. Ils peuvent effacer et écrire de nouveau. Ils n’écrivent pas non plus. Du reste, ils deviennent très vite calmes. Ils ne s’inquiètent que dans les commencements, et ensuite ils engraissent même et deviennent très tranquilles, dit le général, ne soupçonnant pas l’effrayante signification qu’avaient ses paroles. »

Ou encore le personnage mémorable de l’officier d’étape. « Quand on vit dans cette Sibérie on est heureux de rencontrer un homme instruit. Notre service vous le savez vous-même est des plus tristes, et quand on est habitué à autre chose, c’est très pénible. On est accoutumé de nous considérer, nous autres officiers de convoi, comme des gens grossiers, ignorants, et personne ne pense qu’on pourrait être né pour tout autre chose.

La figure rouge de l’officier, l’odeur dont il se parfumait, sa bague et surtout son rire désagréable dégoûtaient Nekludoff, qui pourtant l’écoutait avec attention.

Ayant entendu l’officier et compris son état d’âme il dit sérieusement :

— Je pense que dans votre situation même