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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/29

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« — Il a besoin de livres scientifiques, dit Nekludoff, il désire travailler.

— N’en croyez rien. Le général fit une pause. Ce n’est pas pour travailler, mais seulement pour causer un dérangement.

— Pourtant il faut bien occuper le loisir de leur pénible situation.

— Ils se plaignent constamment, dit le général. Nous les connaissons bien, allez !

Il parlait d’eux comme d’une race mauvaise, d’individus à part.

— Ils ont ici des commodités que vous rencontreriez rarement dans les lieux de détention, continua le général.

Et, comme cherchant à se défendre, il se mit à énumérer toutes les douceurs dont jouissaient les détenus, comme si le but principal de l’établissement consistait à organiser pour ses pensionnaires un séjour agréable.

Le général, comme presque toutes les vieilles gens, tombant sur un sujet appris par cœur, répétait ce qu’il avait déjà dit maintes fois pour prouver les exigences et l’ingratitude des condamnés.

— On leur donne des livres de piété et des vieux journaux. Nous possédons une bibliothèque. Seulement ils lisent rarement. D’abord, ils semblent s’intéresser à la lecture, ensuite les livres nouveaux restent les feuillets non coupés jusqu’à la moitié du volume, et les anciens, les pages pas même tournées ; nous avons même