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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/26

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Le tribunal que l’auteur a choisi est le plus parfait qu’ait imaginé l’humanité et voilà l’impression qu’il produit.

La raison qui fait que chacun des participants au jugement s’occupe dans son for intérieur de choses étrangères, provient de ce que tous prennent part, dans l’intérêt d’une soi-disant justice, à un travail indifférent à la vie morale de l’accusé : ce qui est surtout particulièrement caractéristique c’est que, la plupart du temps, chacun est absorbé par ses propres affaires ou des intérêts étroitement égoïstes, pendant qu’au dehors il accomplit un acte nécessitant la plus grande somme possible de sentiments altruistes (si toutefois le tribunal criminel est vraiment basé sur l’intérêt à la victime, à la société et à l’accusé).

Tout l’artifice du résultat qu’obtient la justice criminelle se manifeste, selon Tolstoï, par ce que les détenus, les déportés, les forçats livrés à la justice et qui, à l’idée de la loi, devraient éprouver un sentiment particulier, un je ne sais quoi qui les régénérât, ne ressentent, étant soumis au régime forcé, rien d’approchant et restent, dans leurs manifestations, eux-mêmes, semblables aux autres hommes et tels qu’ils étaient avant. Mais ceux qui cessent réellement d’avoir une ressemblance quelconque avec un être humain sont les individus auxquels on confie la garde des détenus et la mise en pratique de ce que le Code pénal entend par l’application du châtiment : les soldats d’escorte, les geôliers, les inspecteurs, les surveillants, les