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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/21

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Ou encore le procès-verbal de l’analyse des viscères de la victime, qui semblent même n’avoir pas été renfermées dans le corps mais dans des bocaux de divers calibres :

« Le 15 février 18…, commença le secrétaire d’un ton déterminé, haussant le diapason de sa voix comme pour chasser le sommeil qui envahissait les auditeurs, je soussigné ai procédé, par ordre de la section médicale 638 et en présence de l’aide du médecin-inspecteur, à l’analyse :

1) Du poumon droit et du cœur (dans un bocal de verre de 6 livres) ;

2) Du contenu de l’estomac (dans un bocal de verre de 6 livres) ;

3) De l’estomac même (dans un bocal de verre de 6 livres) ;

4) Du foie, de la rate et des rognons (dans un bocal de verre de 6 livres) ;

5) Des intestins (dans un pot de grès de trois livres), etc. »

Pas un mot convenable n’est dit pendant ces discussions des accusés, de leur passé, de leur présent, de leur triste biographie ou du sort qui les attend. Pour Tolstoï, il est clair que l’œuvre de justice s’accomplit non par impulsion d’intérêt mais uniquement pour des motifs égoïstes : il faut mettre au plus vite ces gaillards-là à l’ombre s’ils ont commis ce crime, autrement ils pourraient bien assassiner aussi chacun de nous.

C’est cette indifférence à tout ce qui ne concerne