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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/16

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d’appui pour bien comprendre l’impression faite sur l’âme de Tolstoï par le tribunal criminel moderne qu’il a si sincèrement et si véridiquement dépeint dans la scène du jugement de la fille Maslow : dans ce jugement, il voit et il ressent dès à présent ce que ne verront et ne ressentiront que plusieurs générations à venir.

Si l’appareil fantastique dont nous avons parlé plus haut, joignait à ces qualités celles du phonographe et pouvait reproduire des scènes depuis longtemps écoulées, en rapportant également les discours de leurs acteurs, il vaudrait la peine de le braquer spécialement sur une étoile qui nous permettrait de nous transporter, pour quelque temps, dans la vivante réalité des événements qui se passaient en Suisse, dans les vingtièmes années du xvie siècle, à l’évêché de Olten. À cette époque les souris se multiplièrent d’une façon si prodigieuse, dévastant les champs, que les habitants, menacés de famine par ce fléau vivant, s’adressèrent au clergé en le priant d’excommunier ces rongeurs. Une plainte formelle fut déposée contre eux, ils furent assignés au tribunal. Comme les souris ne se présentèrent pas, leur absence fut tournée en leur défaveur, et l’accusateur demanda de passer directement à l’arrêt. Le tribunal donna un défenseur officiel aux souris dans la personne du célèbre avocat Barthélémy Chassanée. Si notre appareil nous retraçait exactement tout le procès, nous entendrions l’accusateur prononcer, au nom des habitants lésés, le discours suivant :