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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/14

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faud au nom du Roi, et bientôt des langues de feu embrassent les poteaux et les victimes qui y sont attachées.

Malgré le soleil ardent et la chaleur étouffante, le Roi reste à son poste d’honneur jusqu’à la fin de l’exécution. À neuf heures seulement le dernier hérétique expire dans d’horribles souffrances. Toute la nuit on remue encore les braises et ce n’est que vers le matin que l’échafaud est recouvert d’une épaisse couche de terre.

Qu’aurions-nous ressenti en assistant pour ainsi dire à ce spectacle depuis longtemps écoulé ?

Frissonnant d’horreur, nous aurions sans doute particulièrement accordé notre attention à l’examen des physionomies des acteurs de ce drame, cherchant à pénétrer les pensées et les sentiments qui les agitaient pendant l’accomplissement de leur œuvre barbare. Nous n’aurions pourtant rien vu de semblable à ce que nous éprouvons aujourd’hui en contemplant ce spectacle. Chacun des personnages cherche à remplir le mieux possible son rôle dans la cérémonie avec le sérieux et la solennité qu’elle comporte. Nous n’aurions remarqué dans leurs traits aucune altération qui nous permît de supposer qu’au fond de leur âme s’éveillaient des doutes sur la justice du châtiment infligé à leur malheureux prochain et auquel eux-mêmes prenaient part. Au contraire. À leur aspect calme et à l’indifférence dont ils font preuve pendant le reste de la cérémonie, à l’exception de la partie dans laquelle ils jouent un rôle, on peut conclure