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Mme Louise COLET


— 1819-1876 —


Mme Louise Colet, aussi célèbre par sa beauté que par son talent, appartenait à une famille parlementaire, les Révoil. Elle naquit à Aix, le 15 septembre 1810, et fut élevée par ses deux tantes au château de Servannes, tout près d’Aix. La situation pittoresque du vieux manoir féodal contribua peut-être à développer l’instinct poétique dans l’âme de la jeune fille : à quinze ans, dit-on, elle avait composé assez de vers pour former un volume. Sa vocation persista en dépit de tous les efforts tentés pour la combattre, et bientôt son talent se manifesta brillamment.

À dix-huit ans, elle partit pour Paris, où elle s’installa chez une de ses parentes. Dès son arrivée, bien résolue à se frayer une route dans le monde littéraire, elle alla seule, sans appui, sans recommandations, trouver les directeurs de revues et de journaux. Les premières productions de Mlle Louise Révoil publiées dans l’Artiste, alors dirigé par M. Ricourt, la firent admettre dans le fameux salon de l’Abbaye-aux-Bois où Mme Récamier et ses hôtes illustres, notamment Chateaubriand, lui témoignèrent une grande bienveillance. Ce fut là qu’elle rencontra le compositeur Hippolyte Colet, à qui elle devait bientôt s’unir.

Son premier recueil de poésies, intitulé Fleurs du Midi, dont la plupart des chants avaient été composés en Provence, dans l’agreste château de Servannes, ne parut qu’après son mariage, en 1830.

Cet ouvrage n’eut pas de succès dans la masse du public ; mais un petit cercle délicat l’apprécia très favorablement. Chateaubriand, à qui Mme Colet avait demandé d’inscrire quelques lignes en tête du volume, n’accorda pas cette faveur, trop grande peut-être, mais il écrivit à la jeune muse une lettre très-flatteuse. Je pense, y disait-il, « qu’une femme qui a écrit la Consolation à un poète américain, l’Élégie sur un vieux père mourant, a des droits à tous les suffrages. »

Plusieurs morceaux des Fleurs du Midi sont en effet dignes d’éloges. L’élégie de la Mort d’un père tranche par son accent ému sur les autres compositions ; mais le défaut de croyances religieuses de l’auteur s’y révèle malgré les strophes chrétiennes de la fin, qui rappellent pour le ton et pour les idées le Crucifix de Lamartine :

Je crois revoir encor la couche d’agonie
Où mon père mourut, vieillard aux cheveux blancs,
Au front large et ridé, symbole de génie.
      Aux yeux étincelants.