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day ou sdar devient rose, devient rouge… Pour la première fois, je vois des lumières s’allumer dans ces boutiques que je n’ai vues que de jour, et il me semble que pour la première fois je ne sais quel âge les touche ; ma ville retrouvée va s’évanouir. De la grande terrasse je la surveille, et je surveille aussi, avec cette fin de journée, toute dorée mais confuse de sa mort, palpitante (je ne dirai pas si tous ces adjectifs s’adressent à journée ou à jeunesse), ma jeunesse…

Dans ces magasins où pour la première fois je vis les tableaux, le sucre candi, les bijoux, je regarde. Je reconnais la plupart des vendeurs, mais tous ceux qui ont personnifié pour moi les métiers sont maintenant blancs et caducs. Voici que je pénètre dans l’âge où les métiers redeviennent antiques. Voici que les horlogers pour moi ont désormais de grandes barbes de neige, et il ne leur manque qu’une faux. Voici que les libraires pour moi ressemblent aux vieux écrivains,