Page:Giraudoux - Adorable Clio.djvu/86

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sous les volets qu’on ne ferme jamais ; mes murs sont bourrés de leurs cris. Le train de Montauban est passé ; tu l’as entendu siffler ; c’est que le vent vient de l’est, c’est qu’il est 4 heures 11 et qu’il fera beau.

Je me hâte de t’écrire ce que j’ai oublié : je suis allé dans ton pays. On m’a confisqué à la douane, à Alexandrovo, un jeu de cartes espagnoles, un Bœdeker d’Italie, on y a dévoilé une haine terrible pour mes frères des péninsules, mais on m’a laissé passer. J’ai vu Pétersbourg, Moscou ; j’ai vu dans le hall de mon hôtel, une petite fille russe assise au pied de l’aquarium où nageaient les sterlets, comme je lui souriais, se réfugier derrière et me faire à travers l’eau vive toutes les grimaces des sirènes. J’ai vu Kiev, j’habitais le palais Potemkine, en stuck rouge, crème et or : je téléphonais souvent dans un cabinet vert-pomme et jaune situé sous le grand escalier ; quand je sortais, la porte froissait les feuilles d’un palmier, c’était le bruit, à s’y trom-