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petit doigt en écrivant, mais que je ne fais plus craquer mes poignets. Que j’ai toujours ma manie de citer le mot de Bierbaum : « la vie est un marais », et de voir les hommes peu à peu s’enlisant ; d’expliquer qu’ils mettent des lorgnons, des monocles pour que le sable n’entre pas dans leurs yeux, qu’ils lisent Baudelaire, Dostoïewski, pour mieux serrer les mâchoires ; qu’ils vont en auto pour sentir au-dessous d’eux enfin un sol de bois… et toutes les mêmes stupides plaisanteries, et d’ailleurs c’est vrai. Que j’ai toujours ma manie, le soir, en me couchant, dès que je ferme les yeux, de voir mon immense tunnel. Tu me questionnais de ton lit. Des armées s’y engouffraient dont je te donnais le chiffre exact : 3 millions 561.000, 4 milliards 21. Des troupes d’oiseaux en sortaient, se heurtaient, oiseau par oiseau, contre d’autres vols qui arrivaient, et tombaient morts… Une lueur blanche apparaissait parfois au fond du tube, et devenait une fumée, une ville grecque, un jour, tu te