Page:Giraudoux - Adorable Clio.djvu/75

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


distribué aux éléments ; vous voulez bien, n’est-ce pas, que je profite, autant que je le peux, avec un peu de désespoir, de votre dernière vie ?… De notre dernier mois aussi, car — le saviez-vous — je me marie à Pâques. »

C’est ainsi, par hasard, mais par la main à chacun la plus douce et amère, que le métier de chacun fut révélé. Le même, au fond, pour tous les deux. Je suis certes le poète qui ressemble le plus à un peintre. Je ne peux écrire qu’au milieu des champs ; trouver des rimes qu’en voyant des objets semblables ; atteindre le mot qui fuit que si un homme fait un geste, que si un arbre s’incline. D’un index qui laisse les autres doigts tenir la plume, je dessine dans l’air, avant qu’elle ait sa vraie forme, chaque phrase ; j’écris malgré moi le nom de chacun de mes amis avec son écriture même, et mes manuscrits semblent pleins de leurs signatures ; les jours où il pleut, je me sens libre de mon métier comme les aviateurs, comme