Page:Giraudoux - Adorable Clio.djvu/62

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


années ; en craignant toute nouvelle de nous-mêmes, comme si elle dût être décevante, comme s’il était évident qu’en vieillissant on démérite ; comme s’il était la règle que deux jeunes gens impétueux et parfaits devinssent, une fois écoulés dix ans de paix et six ans de guerre, des hommes paresseux et des lâches…

Minuit sonna. La grande horloge de l’hôpital était entre nos deux chambres. Chacun, effleuré par une onde différente, par une caresse autre du temps, se sentit soudain d’un autre âge que l’autre. Un long moment les infirmiers nous abandonnèrent, car c’était leur relève. Nous attendions, énervés, comme deux amis au téléphone dans un danger quand la demoiselle coupe le fil. Il y avait aussi à lutter contre le sommeil ; je m’endormis ; une minute, comme si la téléphoniste s’était trompée, j’eus à parler avec un enfant situé juste aux Antipodes, dont le bras s’allongeait vers moi, s’allongeait, un peu coudé naturelle-