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Que de progrès tu as faits en français ! Tu n’as pas encore employé une seule fois le nom des saisons. Te rappelles-tu que tu parlais d’elles si souvent, c’était ton seul vocabulaire, que le père Kissling te forçait à ajouter entre parenthèses une courte description chaque fois que tu prononçais le mot été ou le mot printemps ?… Au printemps (quand les feuilles poussent). En été (quand le blé mûrit). Tu affectais de te tromper et tu appris un jour tous les fruits des tropiques pour les loger dans l’hiver. C’était justement l’hiver ; il te conduisit, furieux, à la fenêtre, te montra la neige, te la fit toucher, tu bondis et revins un quart d’heure après, chargé de bananes, d’ananas et de mangues, mais enrhumé pour quatre jours. Que de faux renseignements nous lui avons ainsi donnés sur ces quatre saisons ! L’été (quand les femmes meurent). Le printemps (quand les enfants naissent) !

Dis-moi tout ce qui est arrivé à la pension après mon départ. As-tu revu Mimi Eilers ?