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Mon cher Pavel,

C’est cela, bavardons toute la nuit par lettres. J’ai déjà fait cela tout le jour, au Mont des Oiseaux, avec mon voisin de lit, qui était sourd tout à fait. Nous voilà devenus — sale guerre ! — sourds ou invisibles. Mais te rappelles-tu qu’à la pension Kissling nous passions déjà le cours de botanique, face à face, à nous écrire ? En ouvrant les enveloppes, nous nous collions les doigts à la gomme toute fraîche. Tu me demandais par le langage des muets l’orthographe des mots français que tu connaissais mal, avec le signe de détresse quand c’était un nom propre, et je savais toujours cinq ou six mots de ta lettre (le mot « parages » et le mot « œdème » entre autres, que tu t’obstinais à employer) avant de la recevoir. Je t’avertis que tu commets toujours la même faute sur mon nom. Il se termine par un x et non par un double z… Te rappelles-tu aussi les lettres que nous nous adressions