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Comme on découvre parfois, en Amérique, au fond d’une coque étrange, une châtaigne semblable aux nôtres, au fond du mot qu’il prononça je reconnus mon nom, et il me tendit une lettre :

— Je vois votre nom sur la feuille d’entrée, disait la lettre. Êtes-vous l’ancien élève de la pension Kissling, à Munich ? Je suis Pavel Dolgorouki.

Pavel Dolgorouki ! Mon meilleur ami pendant mes années de Munich ! Nous nous étions rencontrés à la gare même, nous heurtant de face, venus l’un vers l’autre de Moscou et de Paris sur le même axe étroit… Sa valise était égarée, et toute la première semaine de notre amitié, il porta mes vêtements du dimanche… Déjà l’Américain, voyant ma joie, dégrafait comme une nourrice son sein gauche et en dégageait un stylo… J’écrivis donc au-dessous des deux lignes, avec la même encre, et ma phrase en paraissait une traduction :

— Viens vite. Je ne peux bouger.